Voilà, tout une année pour en arrivé là. Il est tant de faire un petit bilan de mon année, car ce n'est pas les derniers 10 jours qui me restent qui vont changer l'image que j'ai acquise de l'Australie.
Pffff, mon tour est bouclé, l'année presque écoulée. Quand je partirai le 20 juin 2006 d'Australie, j'aurai passé au total 355 jours en Australie, sois un petit peu moins que Geneviève qui affiche 358 jours au compteur, comme elle me l'a si fièrement annoncée !
Un an, putain un an, tout s'est passé si vite. Je n'ai eu aucun de mes repaires habituelles, j'ai alterné les fortes températures et le froid toute l'année, j'ai eu froid en plein mois d'aout, je me suis baigné pour le 25 décembre. Aucune routine, peu d'horraire fixe et un voyage limité par mon seul compte en banque. J'ai pris plus de fois l'avion en une année que je l'ai pris dans toute ma vie, tous les jours sont des samedi soirs quand on est dans un backpacker, et rien ne s'est passé comme prévu. Aucun trajets planifié en arrivant en juillet dernier. Je voulais juste aller un peu à gauche à droite, sans savoir réelement ce qu'il y avait à voir. Et puis on entend les noms de Fraser Island, Whitsundays Islands, Griffith. Des noms qui ne sont que quelques lignes dans le Lonly Planet mais qui symbolise l'esprit backpacker. Qui peut imaginer l'importance du Kakadu Park quand on n'est pas passé à Darwin ? Qui peut comprendre la gué-guerre entre les français de Manly ou de Bondi Beach quand on n'y a pas été (Bondi forever !!!!!!) ? Pour moi, l'Australie devait être un grand sac dans lequel on puise au hasard une destination ou une bonne rencontre. L'Australie devait être imprévisible, sinon je ne m'y serait pas autant amusé. Quand je rencontre des français qui reste un an et qui ont un planning au jour près, ça me fait stresser. Vivre avec une ligne droite tracée sans aucune chance d'en dévier ça me fait peur.
D'ailleurs tout le monde ne suporte pas de partir aussi loin et aussi longtemps. Pour nous petit français que nous sommes, l'Australie représente deux défits majeur: l'anglais et la distance. Et c'est exactement ce que je cherchais. Avec un billet d'avion à plus de 1000€ et au moins 25h de Paris, impossible de revenir pour un week end ou Nöel. L'immersion est totale ici. Faut passer les fêtes de Nöel sans la famille, son anniversaire sans ses amis et pas possible de ramener le linge le week end à maman pour qu'elle fasse une lessive. Ici on est seul, on ne peut compter que sur soit. Il faudrait faire une étude sociologique car il y a vraiment moins de filles que de garçons qui viennent ici. Des filles qui voyagent seules, elles sont pas nombreuses ici, alors que les allemands sont plus proche du 50/50 que nous.
Puis il y en a qui pète les plombs ici. La famille qui manque, le chien qui n'ai pas là. Il y en a une petite minorité qui après quelques semaines ici trouve que rien ne va. Et décide de rentrer chez eux au bout d'un mois au lieu de l'année prévu. J'ai rencontré deux filles comme ça qui n'ont pas "supporté" et son rentrée chez elles. Un tel voyage ça ne se décide pas sur un coup de tête. Il faut savoir qu'on va être à 15 000km de son chez soi. Qu'on aura pas la télé le matin, que dans la chambre de backpacker il y a 10 autres personnes et qu'il faut trouver un emploi de manière impérative sous peine de devoir dormir sous le Harbour Bridge. L'anglais n'est jamais un problème et une conversation de deux heures avec un anglais vaut bien plus qu'un cours de langue. Ce n'est jamais facile au début, et la frustation est tellement grande de se trouver muet dans un groupe de personnes. Pourtant quand on fait l'effort de prendre son petit dictionnaire avec soi, de poser des questions, d'essayer de comprendre pourquoi le "how do you do" qu'on nous a appris 500 fois à l'école n'existe pas dans le monde réel, on peut progresser. On apprend tous les jours. Hier encore j'ai enfin trouvé qu'un billet de banque ne se dit pas "billet" (faux-ami dirait un prof) mais "note".
Tout le monde n'y trouvera pas la même chose en Australie et chacun y vera ce qu'il veut y voir. Pour certains ça va être un grand terrain de jeu idéal pour les vacances et d'autre y verront un pays aux possibilitées multiples où on peut réussir sans diplôme. En France pour avoir un job d'été, il faut postuler en mars ou avril pour avoir une chance de travailler en juillet/aout. Moi je ne vois ici qu'un pays facile d'accès. Les gens sont sympathiques, on trouve facilement un taf, une maison. La paprasserie est réduite à sa forme la plus simple. Je me souviens par exemple de Gabriel qui avait du prendre un rtt pour aller changer un aprés midi son permis de conduire. Et je me souviens de Rémi, mon pote australien, qui a eu son nouveau permis de conduire en 15 min à la préfecture sans rendez vous aprés avoir cassé le sien.
Cependant ces avantages ont un prix qui n'ont pas lieu d'être en France. Le principe du CDI n'existe pas ici. Il y a quelques mois le gouverment à même encore facilité les licenciments pour les employeurs sans que la population ne bronche, pendant qu'en France on a connu des manifestions plus importantes qu'en mai 68 pour le CPE. De même ici pas de sécu. Et là, ca fait mal car en cas de pépin faut prier que la société qui gère votre assurance ne vas pas tarder à vous rembourser les soins. En France le gouvernement "sponsorise" la mamographie haut dela d'un certain d'âge ou les tests HIV gratuit et annonyme. Ici rien de tout ça. Ma sécurité sociale c'est la chose la plus précieuse que j'ai en France.
Alors, l'Australie est-il un pays "parfait". Non, loin de là. Mais quel pays l'est ? Et non, pas de chauvinisme, la France ne l'est pas plus. Cependant on ne peut pas nier qu'il existe un dynamisme ici qui n'existe pas en France. Ici on sent qu'on peut faire avancer les choses pour peu qu'on travaille et qu'on se bouge. Un monde dans lequel on donne toujours une chance mais sans expérience et sans diplôme. Mon pote Rémi est producteur dans une boite de pub, à 23 ans, sans diplôme, Jeremy bosse pour une grosse multinationnale dans le tourisme et forme des gens, toujours sans diplôme. Ici c'est tout à fait normal et personne ne s'étonne de trouver des managers et des personnes avec des responsabilitées de moins de 25 ans. Jeremy ne voulait pas me croire d'ailleurs qu'en France on est besoin d'un diplôme pour faire du pain, couper des cheveux ou être maçon. Question de mentalité ...